Le calendrier du débat public sur le projet de liaison ferroviaire entre Creil (Oise) et Roissy, contestée par les élus de l’est du Val d’Oise, vient d’être fixé par la commission nationale du débat public. Au total, 11 réunions publiques auront lieu du 15 avril au 8 juillet.
Estimé entre 200 et 500 millions d’euros, le projet d’une liaison ferroviaire entre Creil et l’aéroport de Roissy s’apprête à entrer dans sa phase de débat publique. Le dialogue sur ce projet s’annonce tendu. Alors que le barreau de Gonesse, qui doit relier les lignes B et D du RER, tarde à sortir de terre, les élus de l’est du département voient d’un mauvais œil l’arrivée de cette nouvelle liaison ferroviaire.
Pourtant la commission nationale du débat public vient de considérer comme « suffisamment complet pour être soumis au débat public » le dossier présenté par Claude Bernet, président de la Commission particulière du débat public sur le projet de liaison ferroviaire « Roissy Picardie ».
« Sur proposition de Claude Bernet, la Commission nationale a arrêté le calendrier du débat public qui aura lieu du 15 avril au 8 juillet 2010 et approuvé ses modalités d’organisation : 11 réunions publiques dont 6 seront précédées d’un moment d’accueil, d ‘information et de préparation, site Internet interactif dédié, mise à disposition de cartes T, relations avec la presse » indique la commission nationale.





Valdoisiens, Valdoisiennes, debout !
Cette liaison dite Roissy-Picardie cache bien ses omissions comme ses ambitions.
Quand le maire d’Amiens, alors ministre des transports réussissait tout à la fois à :
- éloigner d’Amiens le passage du TGV Nord,
- favoriser les autoroutes autour et vers ou depuis Amiens,
- créer en pleins champs la gare de Chaulnes au motif que l’aéroport international s’y construira (3ème aéroport de Paris)
- y renoncer sous l’emprise de quelques betteraviers (qui dominent l’Aisne comme la Picardie depuis Napoléon et le blocus naval anglais),
personne n’aurait pu imaginer qu’Amiens réclamerait un jour une liaison rapide vers Roissy et Paris.
Mais est-ce bien le cas ?
En fait le projet appelé Roissy-Picardie en cache deux autres qui craindraient d’apparaître et encore plus d’avoir un nom de baptême.
Le premier sous-projet est tout simplement de satelliser l’aérodrome de Beauvais-Tillé qui prétend devenir un grand aéroport international dédié au low cost grâce à l’argent des contribuables de la région et de l’agglomération. Cette prétention sert les intérêts de Veolia, gestionnaire de l’aéroport, comme ceux des actionnaires de Ryan Air, basé en Irlande. Elle dessert tout à la fois la tranquillité, la santé et même l’avenir en Beauvaisis car les investissements publics consentis pour polluer l’atmosphère et s’envoyer en l’air pour quelques jours manqueront cruellement pour créer des emplois à la fois locaux, utiles et durables.
Certes, POUR L’INSTANT, les actionnaires de Beauvais-Tillé et ceux d’ADP se recouvrent peu. Cependant l’ambition hubbesque d’ADP, avec Fedex (qui, lui non plus, n’a rien payé) et Air France KLM, veut que Beauvais-Tillé, c’est à dire Ryan Air, ses arrivées comme ses départs, soient agrégés à Roissy et figurent parmi les vecteurs du hub. De ce point de vue bien dissimulé, si l’on est contre la croissance déraisonnable du trafic aérien qui détruit l’atmosphère vivable comme l’atmosphère raisonnable, on doit être contre le financement public de la liaison privée ADP –Veolia reliant les actionnaires d’Air France KLM à ceux de Ryan Air.
D’ailleurs, dans un premier temps, l’investissement sera public, aux frais des contribuables (nous tous avec la TVA, la TIPP, les amendes routières) et à charge de RFF (réseau ferré de France). Et, dans un second temps, la ligne sera confiée à Veolia transports et aussi Air France qui, tous deux, investissent maintenant dans la grande vitesse ferrée. Donc, non à cet investissement public favorisant des intérêts privés non mis à contribution.
Le deuxième sous-projet est de reporter indéfiniment le barreau dit « de Gonesse » alors qu’il devrait s’appeler de Goussainville où les lignes B et D du RER pourraient se rejoindre et ainsi l’Est du Val d’Oise communiquer avec Roissy. Le club des patrons des 800 entreprises implantées sur la plate forme n’en veut pas et ses motivations sont nombreuses même si elles restent, par définition, secrètes :
1° Il n’est pas question de permettre aux populations les plus pauvres, les plus jeunes et les plus survolées, y compris la nuit, de l’Est du Val d’Oise d’accéder facilement à Roissy sans passer par Paris. Cela évite d’éventuelles manifestations en nombre contre les nuisances de Roissy. Cela évite surtout que de nombreux travailleurs puissent y accéder à un emploi, se retrouver entre eux, devenir revendicatifs car organisés et groupés. Une banlieue rouge ou rose, oui, pour délocaliser l’empreinte sonore et chimique de Paris, mais pas pour y favoriser l’emploi et, à terme, les revendications salariales.
2° Il est toujours et de plus en plus question d’aller chercher en étoile et le plus loin possible des travailleurs qui resteront d’autant plus serviles qu’ils n’auront aucun moyen de se réunir en vivant éloignés les uns des autres ni aucun temps pour le faire en dépensant plus de deux heures par jour pour se déplacer. Donc Creil ou Soissons plutôt que Sarcelles ou Villiers le Bel !
3° Plus le personnel vient de loin, moins il ressent chez lui les nuisances du trafic aérien comme de l’aéroport, moins il lui reste de temps sur son lieu d’habitation, plus il achètera ses biens et ses services sur la plate forme du futur « Roissy-Ville », dont, soit dit en passant, le fameux Dermagne, du rapport qui porte son nom, est un des financiers à titre d’administrateur d’un établissement de crédit …
4° S’il y a de l’emploi pour les villes denses situées immédiatement à l’Ouest de l’aéroport, les plus survolées, il faudra tôt ou tard généraliser l’aide à l’insonorisation puisque les habitants connaitront mieux, sur place, les richesses qui passent par Roissy et survolent leur habitat, fret comme passagers, nuit et jour.
5° Les travailleurs sans papier, dont la situation de faiblesse offre une aubaine pour les grands donneurs d’ordres au moyen la chaine des sous traitants se terminant dans des agences d’intérim ou de travail temporaire bidon, arrivent par une kyrielle de transports divers, le plus souvent dans les véhicules des entreprises. Que se passerait-il s’il suffisait de les suivre depuis l’arrivée du « barreau de Gonesse » pour identifier et donc, normalement, sanctionner leur employeur. A ce jour Fedex comme ADP ou Air France KLM n’ont rien à craindre d’un inspecteur du travail chez eux ou chez leurs fournisseurs de biens et de services. Il en serait tout autrement de la noria visible au débouché du fameux « barreau » dont rien que le nom fait un projet antipathique.
6° En créant la liaison dite « Roissy-Picardie » on détourne les moyens disponibles pour le « barreau de Gonesse » (quel nom vilain et inapproprié !). On pourra ensuite prétendre (car jamais les deux ne se construiront en même temps) que ce « barreau » est devenu inutile, les travailleurs de Creil et au-delà pouvant accéder directement à Roissy et leur nombre se substituer à celui des travailleurs disponibles en Plaine de France Ouest toute proche.
CQFD : ce qu’il fallait démontrer car soigneusement caché !
S’ajoutent à ces arguments de fond, qui invalident l'utilité publique du soi disant projet, les considérations sur son éventuel tracé et ses conséquences écologiques. Ce sera pour une prochaine fois ...
Résumons : le barreau de Gonesse, c’est à dire la connexion à Goussainville des RER D et B, oui.
La liaison ADP-Veolia, Air France KLM-Ryan Air, non !
Valdoisiens, Valdoisiennes, en voiture, en voiture !
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